Le financement de l’agriculture au Mali : une méta-contrainte

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 La mise en œuvre des politiques et programmes du secteur agricole a été soutenue par un accroissement des investissements dans le secteur agricole1.  Ainsi, au titre de 2015, l’encours de crédit à l’économie est évalué à 1747,5 milliards de francs FCFA à la fin décembre 2015, soit une progression de 289,3 milliards par rapport à décembre 20142.  Une partie de cet accroissement est imputable aux appuis en faveur d’entreprises du secteur agricole, en particulier sur les intrants agricoles. Ces appuis ont eu pour effets directs une augmentation de la production céréalière globale, un accroissement des superficies et des efforts d’intensification des différentes cultures.  Néanmoins, le secteur primaire reste encore peu attractif pour le financement bancaire. Ainsi, en 2016, 60% des crédits octroyés3 aux entreprises par les banques ont été mobilisés par les secteurs du négoce, des hydrocarbures, l’industrie manufacturière, les transports, la télécommunication et l’immobilier4. On estime que moins de 2% de la population agricole a accès au crédit5.  Globalement, la part du financement bancaire dans le PIB est seulement de 21%6.

Le financement de l’agriculture reste un facteur clé pour le passage à une agriculture de 3ème génération, caractérisée par l’intensification des systèmes de production agricole et de transformation / valorisation des produits.  Ainsi, si dans bien des cas, on enregistre un accroissement de la production et une augmentation relative de la productivité, ces acquis restent fragiles sans un accès à des services financiers inclusifs et durables.  C’est le cas par exemple pour l’ensemble des productions céréalières où la question de la mécanisation reste importante dans le contexte d’intensification et d’accroissement des superficies.   Or, selon les estimations du PNISA, 72% des superficies (2.358.308 ha) sont encore cultivés à la traction animale, 17% en manuel et à peine 1% en motorisée.  Le faible accès au financement concerne aussi bien l’exploitation Agricole familiale que l’entreprise Agricole, même si la dernière bénéficie d’un environnement plus favorable du fait de son encadrement par les services publics.

 

Les instruments de financement public : entre impératif politique et exigence d’efficacité opérationnelle

Selon les projections du Cadre Budgétaire à Moyen Terme (CBMT) 2016-20187, les allocations budgétaires au secteur de l’agriculture passeront de 259,3 milliards en 2015 à 369,2 milliards à 2018, soit une progression moyenne annuelle de 11,9%.  La part moyenne du secteur dans le CBMT est estimée à 15%8. Par ailleurs, la forte diversification des activités de la BNDA et l’élargissement de son actionnariat à des investisseurs étrangers a marqué une étape importante dans la redéfinition des instruments de financement public9. Cette banque qui a été créée en 1981 par la loi N°81-08 NA-RM du 03 février 1981était jusque alors un outil public pour accompagner la politique nationale de développement de l’agriculture.  Avec la diversification, elle a élargi ses activités à tous les secteurs de l’économie, y intégrant notamment le commerce et l’industrie.  Dans ce contexte, l’Etat n’a plus cette position privilégiée lui permettant d’orienter le financement de la banque sur les segments et cibles agricoles. Pour prendre en charge ce contexte nouveau, l’Etat malien a initié d’autres instruments pour améliorer l’investissement dans le secteur agricole.  Dans les paragraphes suivants, nous proposons une revue de ces instruments. 

 

 

 

 

1Avec notamment une affectation de 15% du budget à l’Agriculture

2Cf. Ministère de l’Economie et des Finances, Cellule Technique CSLP, Rapport 2015 de mise en œuvre du CSCRP, Juin 2016

3Un montant total de crédit de 2 204,741 milliards de FCFA

4Environ 45% mobilisé en faveur du commerce général et 13% sur le sur le reste.

5Cf. Bernard Fouquet, Pour un développement du crédit à l’agriculture : l’option du mutualisme. Point de vue n°3 – novembre 2014, p.25.

6A titre de comparaison, elle est de 30% au Sénégal.

7Ministère de l’Economie et des Finances, Direction Générale du Budget. Mai 2015. Cadre Budgétaire à Moyen Terme 2016-2018.

8Dépassant même l’objectif d’allocation budgétaire au secteur agricole de 10% prévu par le NEPAD. 

9Aujourd'hui l'Etat malien détient seulement 36,48% du capital de la BNDA contre près de 64% pour les investisseurs étrangers (dont le Groupe BPCE International (9,72%), le Crédit Coopératif (9,70%), AFD (22,67%) et DEG (21,43%).